Commençons pour nous mettre dans l’ambiance par la plus connue et la plus mythique des routes. Le but ici n’est pas de dresser dans le détail l’historique de la Route 66, les articles encyclopédiques qui existent à ce sujet le font déjà très bien. Il s’agit plutôt d’en donner un aperçu, une première approche. Nous aurons l’occasion d’y revenir de (très) nombreuses fois. On a tellement écrit sur elle, on l’a tellement empruntée, que nous rencontrerons souvent des habitués de cette route, avec qui nous pourrons parcourir quelques étapes de ce long parcours de 4 000 kilomètres. D’autres articles viendront donc, au fil du blog, qui s’attarderont sur telle ou telle facette de ce célèbre trajet, et qui nous permettront de comprendre pourquoi cette route a pris la place qu’elle occupe aujourd’hui dans l’imaginaire collectif.
La « Mother road », comme la désigne John Steinbeck dans son roman Les Raisins de la colère, traverse huit états (Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau-Mexique, Arizona, Californie). Celle que l’on appelait la route Chicago – Los Angeles, réalisée à partir de tronçons déjà existants pour favoriser le développement économique du pays, a officiellement pris le numéro 66 en 1926. D’abord empruntée par les fermiers pour l’acheminement de leur production, elle devient vite la route de l’exil vers la Californie, « the road to opportunity ». Après la guerre, en 1945, la route qui avait servi au transport militaire durant cette période trouva une connotation beaucoup plus joyeuse : l’attraction de l’Ouest et de la vie californienne commença à produire son effet sur la jeunesse américaine. C’est d’ailleurs à cette époque qu’une nouvelle génération de routards se distingue, la Beat Generation, de laquelle nous reparlerons très souvent. Après le New Deal et les travaux d’amélioration de cette route transversale, que l’on appelle aussi « main street of America », c’est le tourisme qui fait fleurir l’économie sur son trajet et de nombreux motels, drive-in et stations-service sortent de terre pour profiter de cette manne. Elle devient aussi le territoire des motards, et les routiers et voitures familiales doivent partager la route avec ces “easy riders” épris de grands espaces. Aujourd’hui, la Route a été remplacée par une autoroute, et ceux qui entreprennent d’en suivre le légendaire itinéraire doivent à nouveau emprunter plusieurs tronçons différents. La Route 66 aura existé en tant que telle une cinquantaine d’années, mais son activité a été si intense en ce court laps de temps que sa popularité n’a pas cessé d’augmenter, à l’image de son tracé (qui n’est pas sans rappeler une courbe graphique). Elle est devenue un symbole de liberté et d’évasion largement repris par la littérature, le cinéma, la musique -et la blogosphère-.
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