Quand les poètes prennent la route: morceaux choisis

24 février 2010

Si la route inspire les poètes, elle ne se révèle jamais à eux sous la même forme. Illustration.

Pour Du Bellay, la route qui semble dans un premier temps appeler au voyage permet en fait de rentrer au foyer, et un voyage prend tout son sens lorsque l’on sait s’en retourner.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

(vers le texte)

Soleil pleureur une traînée de poudre sur le ruban noir

Arthur Rimbaud emprunte une route révélatrice, et les chemins qu’il parcourt pour occuper son corps ne font que sublimer les voyages qu’il fait en pensée et dans sa poésie.

- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

(vers le texte)

Quant à Bob Dylan, il reprend le symbole de la route comme le temps qui passe, inévitable, lot des hommes, elle aguerrit et permet d’acquérir sagesse et expérience.

How many roads must a man walk down

Before you call him a man?

The answer, my friend, is blowin’ in the wind,

The answer is blowin’ in the wind.

(vers le texte)

Enfin, un haiku de Yoko Sugawa, qui dépeint une route aux méandres inattendus, imprécise aux yeux du voyageur, dans sa beauté simple, comme la vie.

ochiba-no yama nobori-no michi-ni aru kudari :

A travers les feuilles d’automne

même si la route monte sans cesse

ici un tournant qui descend.

(vers le texte)

Il existe autant de routes que de voyageurs, de la même façon qu’il existe autant de textes que de lecteurs.

Marche arrière: Marco Polo, histoire d’aventures

22 février 2010

Bref coup d’œil sur la vie d’un aventurier dont les voyages auront marqué l’Histoire. Marco Polo (1254-1324) est né à Venise, d’un père marchand qu’il suit dès l’adolescence dans ses voyages commerciaux le long de la route de la soie, vers la Chine. Introduit à la cour de l’empereur mongol Kubilaï Khan, il y occupe successivement différentes fonctions (ambassadeur, conseiller militaire, inspecteur des finances) qui l’enverront tour à tour en Iran, en Russie, en Mongolie, au Tibet, et jusque dans l’Océan indien.  A la fin du règne de Kubilaï Khan, Marco Polo rentre à Venise, d’où il effectue encore des voyages diplomatiques en Iran, en Chine et sur l’île de Sumatra. Fait prisonnier lors d’une bataille navale opposant sa cité à celle de Gênes, il rédige ses célèbres mémoires de voyage, le Livre des Merveilles, dans lequel il entreprend de décrire les provinces traversées au cours de ses voyages. Si l’on ne sait plus trop aujourd’hui démêler le mythe de la réalité dans les histoires de Marco Polo, il n’en reste pas moins dans l’imaginaire de tous ainsi que dans les manuels d’Histoire, l’un des premiers explorateurs de notre temps, et surtout l’un des pionniers d’un genre qui connaîtra quelques siècles plus tard un véritable engouement, celui des carnets de voyage. Il me fallait ici rendre honneur à ce routard légendaire. Voici chose faite.

Marco Polo quittant Venise

Marchands sur le Fleuve Jaune

Aire de repos: le phénomène du couchsurfing (2ème partie)

16 février 2010

Le couchsurfing c’est de l’auto-stop. Là où le conducteur stoppe son véhicule pour accueillir des routards et les conduire sur quelques kilomètres, l’hôte reçoit le couchsurfer pour un moment. Comme ça, par pur désintéressement, par goût pour les rencontres, pour discuter, pour ne pas être seul, pour avoir de l’animation et pouvoir partager ses connaissances…

Glenn et Steve, couple de quinquagénaires anglais, confie: « Ce qui nous était arrivé occasionnellement par le passé, les opportunités de passer du temps avec les locaux, le couchsurfing l’a multiplié. » Lukas est hollandais et vit en colocation à Tilburg. La maison qu’il partage peut accueillir six couchsurfers en même temps. C’est devenu pour lui un véritable mode de vie. « Nous recevons des gens du monde entier qui cherchent un endroit où passer une ou plusieurs nuits. » Selon lui, passer du temps avec les locaux est une bien meilleure façon de découvrir une ville que s’en tenir aux guides touristiques : « les locaux savent toujours où aller, où trouver la meilleure table, et où entrer en contact avec la véritable culture d’un lieu ». Lucas ajoute qu’avec le couchsurfing on a l’équivalent d’un chez-soi, qu’il oppose à la froideur d’un hôtel ou d’une auberge de jeunesse. C’est aussi l’impression qu’en a Ece, une étudiante turque. Ece aime tellement les voyages qu’elle prévoit de devenir hôtesse de l’air. Elle aussi ouvre sa porte aux couchsurfers du monde entier. « Je préférerai toujours le couchsurfing même à un hôtel cinq étoiles !» affirme-t-elle. Elle évoque sa première expérience du couchsurfing en tant que voyageuse, chez une jeune fille très prévenante et agréable. Elle qui avait eu du mal à expliquer cette démarche à sa famille anxieuse de la voir partir de cette façon a immédiatement eu de quoi la rassurer. Et des anecdotes, Ece en a plein ses tiroirs. Elle parle de ce géant qui lui avait prêté son vélo pour qu’elle puisse découvrir Amsterdam, de cette nuit très froide en Autriche où elle et ses hôtes avaient du faire lit commun, de cette fille qui lui avait cédé sa place sur le terrain lors d’un match de foot pour qu’elle puisse y participer…  Lukas quant à lui se souvient de cette mère de deux jeunes enfants, qui l’avait reçu, lui et quatre de ses amis lors d’un road-trip au ‘Benelux’. Elle passait son temps libre à parcourir le monde avec ses enfants, pour qui laisser de parfaits étrangers entrer chez eux était devenu habituel. C’est à partir de cette rencontre que Lucas s’est décidé à faire du couchsurfing sa philosophie de vie. « Ça permet de rencontrer tellement de personnes, d’horizons tellement variés, chacun avec sa vision des choses ! Ça a beaucoup enrichi ma vie, et ça va continuer… ». L’auto-stop a de beaux jours devant lui, sur route comme sur canapé !

Aire de repos: le phénomène du couchsurfing (1ère partie)

15 février 2010

La route comme moyen d’évasion, comme lieu de rencontres, et qu’advient-il lorsqu’on s’arrête ? Comment rester sur cette dynamique positive que nous offre la route, quand on s’en éloigne un peu ? C’est selon moi le phénomène du couchsurfing qui correspond le mieux au repos du guerrier de la route. Parce que le couchsurfing permet au routard de faire une pause sans vraiment en faire une : c’est une porte ouverte qui nous mène directement au cœur du lieu que l’on traverse. Le couchsurfing, comme son nom ne l’indique pas vraiment, c’est un réseau, une communauté d’internautes qui proposent aux voyageurs leur canapé pour passer la nuit, leur cuisine pour manger un morceau, leur salle de bain pour se rafraîchir. Au-delà de ce coup de main matériel, le couchsurfing permet à des voyageurs du monde entier de retrouver un peu partout des hôtes et amis potentiels. C’est un échange de cultures et d’expériences qui se passe le temps d’une nuit ou de plusieurs jours. De nombreux liens se sont ainsi tissés entre personnes qui n’auraient jamais eu l’opportunité de se rencontrer. Faire partie de cette communauté, c’est aussi pour ceux qui ne partent pas faire venir la route à soi, chez soi, et voyager par les histoires que nos hôtes ont à raconter.

Spiff a 21 ans, il vit en Malaisie. Le week-end dernier, il recevait deux tchèques en vadrouille. « Elles m’ont appris à jouer aux échecs et je leur ai fait visiter mon coin », dit-il. Il résume l’expérience du couchsurfing et du voyage à cette phrase : « J’aime la vie, et les voyages font la vie ». Basia est une jeune polonaise qui parle cinq langues, et qui reçoit des amis voyageurs le week-end, après sa semaine de cours. « Pour moi, le voyage c’est vraiment tout ! Je dirais que c’est mon mode de vie. Grâce à cette communauté j’ai pu rencontrer des gens formidables, aventuriers, confiants, peut-être même un peu fous. Le couchsurfing c’est une idée géniale pour ceux qui veulent découvrir le monde. Ça ne coûte rien et c’est vraiment très formateur. »

La muse de la route a inspiré… Edward Hopper

12 février 2010

Puisque nous en sommes à parler de paysages américains, celui qui à mon sens a le mieux retranscrit cet appel du large, c’est le peintre Edward Hopper (1882-1967).

Ses peintures réalistes ont essentiellement pour sujet des paysages ruraux et urbains, des bâtiments (phares et maisons) et des portraits desquels émane une impression de solitude et de nostalgie. J’aime beaucoup son travail sur la lumière et les perspectives, et on sent que dans son œuvre la route n’est jamais loin, même si elle n’est pas au centre de ses tableaux.

Dans les nombreux portraits qu’il a peints on a clairement l’impression que ses personnages sont ailleurs, perdus dans leurs pensées ou le regard tourné vers l’horizon. Et l’appel de la route est toujours sous-jacent, on décèle une ouverture dans chacune de ses toiles, qui laisse aux personnages la possibilité de fuir, de quitter la scène.

Pleins phares sur… la Route 66

11 février 2010

Commençons pour nous mettre dans l’ambiance par la plus connue et la plus mythique des routes. Le but ici n’est pas de dresser dans le détail l’historique de la Route 66, les articles encyclopédiques qui existent à ce sujet le font déjà très bien. Il s’agit plutôt d’en donner un aperçu, une première approche. Nous aurons l’occasion d’y revenir de (très) nombreuses fois. On a tellement écrit sur elle, on l’a tellement empruntée, que nous rencontrerons souvent des habitués de cette route, avec qui nous pourrons parcourir quelques étapes de ce long parcours de 4 000 kilomètres. D’autres articles viendront donc, au fil du blog, qui s’attarderont sur telle ou telle facette de ce célèbre trajet, et qui nous permettront de comprendre pourquoi cette route a pris la place qu’elle occupe aujourd’hui dans l’imaginaire collectif.

La « Mother road », comme la désigne John Steinbeck dans son roman Les Raisins de la colère, traverse huit états (Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau-Mexique, Arizona, Californie). Celle que l’on appelait la route Chicago – Los Angeles, réalisée à partir de tronçons déjà existants pour favoriser le développement économique du pays, a officiellement pris le numéro 66 en 1926. D’abord empruntée par les fermiers pour l’acheminement de leur production, elle devient vite la route de l’exil vers la Californie, « the road to opportunity ». Après la guerre, en 1945, la route qui avait servi au transport militaire durant cette période trouva une connotation beaucoup plus joyeuse : l’attraction de l’Ouest et de la vie californienne commença à produire son effet sur la jeunesse américaine. C’est d’ailleurs à cette époque qu’une nouvelle génération de routards se distingue, la Beat Generation, de laquelle nous reparlerons très souvent. Après le New Deal et les travaux d’amélioration de cette route transversale, que l’on appelle aussi « main street of America », c’est le tourisme qui fait fleurir l’économie sur son trajet et de nombreux motels, drive-in et stations-service sortent de terre pour profiter de cette manne. Elle devient aussi le territoire des motards, et les routiers et voitures familiales doivent partager la route avec ces “easy riders” épris de grands espaces. Aujourd’hui, la Route a été remplacée par une autoroute, et ceux qui entreprennent d’en suivre le légendaire itinéraire doivent à nouveau emprunter plusieurs tronçons différents. La Route 66 aura existé en tant que telle une cinquantaine d’années, mais son activité a été si intense en ce court laps de temps que sa popularité n’a pas cessé d’augmenter, à l’image de son tracé (qui n’est pas sans rappeler une courbe graphique). Elle est devenue un symbole de liberté et d’évasion largement repris par la littérature, le cinéma, la musique -et la blogosphère-.

Introduction au voyage

11 février 2010

Ce journal est un carnet de route. Un carnet sur la route (on and about the road). C’est un blog pour ceux que ce mot laisse rêveurs. Parce que la route c’est pour beaucoup une philosophie, un mode de vie, une vision. Parce que la route c’est une promesse d’ailleurs, mais aussi une fin en soi. C’est pour lui rendre honneur que j’ouvre aujourd’hui ce journal. Comme elle, il se veut un lieu de rencontres, de découvertes, d’informations, de réflexions… Pour que la route vienne à vous, même si vous n’allez pas à elle.


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