Si la route inspire les poètes, elle ne se révèle jamais à eux sous la même forme. Illustration.
Pour Du Bellay, la route qui semble dans un premier temps appeler au voyage permet en fait de rentrer au foyer, et un voyage prend tout son sens lorsque l’on sait s’en retourner.
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Arthur Rimbaud emprunte une route révélatrice, et les chemins qu’il parcourt pour occuper son corps ne font que sublimer les voyages qu’il fait en pensée et dans sa poésie.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
Quant à Bob Dylan, il reprend le symbole de la route comme le temps qui passe, inévitable, lot des hommes, elle aguerrit et permet d’acquérir sagesse et expérience.
How many roads must a man walk down
Before you call him a man?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.
Enfin, un haiku de Yoko Sugawa, qui dépeint une route aux méandres inattendus, imprécise aux yeux du voyageur, dans sa beauté simple, comme la vie.
ochiba-no yama nobori-no michi-ni aru kudari :
A travers les feuilles d’automne
même si la route monte sans cesse
ici un tournant qui descend.
Il existe autant de routes que de voyageurs, de la même façon qu’il existe autant de textes que de lecteurs.









